L'évolution de la Radio à travers les deux guerres mondiales

TPE 2011-2012 par Elyes et Arthur - Condorcet

La radio comme moyen de télécommunication

La Première Guerre mondiale, ou un développement massif de la radio

En ce début du XXème siècle, alors que la toute nouvelle télégraphie sans fil commence à trouver ses premières utilisations, principalement dans le domaine de la radiophonie1, un des deux conflits majeurs du siècle éclate. Dès lors, les grandes puissances mettent toutes leurs ressources au service de la guerre, y compris dans les télécommunications. La TSF sera largement utilisée durant les combats, et connaîtra d'importantes améliorations techniques. L'étude de ces deux points nous permettra de comprendre la façon dont a évolué la radio durant de la Première Guerre mondiale.

Un nouveau moyen de communication au service d'une guerre moderne

Le lieutnant-colonel Gustave Ferrié
Figure 1 : Le lieutnant-colonel Gustave Ferrié

Les principaux pays européens entrent en guerre en août 1914. Les Allemands appliquent le plan Schlieffen, et envahissent rapidement la Belgique et le Nord de la France, jusque sur la Marne, menaçant Paris. Les lignes télégraphiques et téléphoniques sont rendues inutilisables, et la communication est alors compromise dans l'armée française2. De même, l'Angleterre coupe les câbles sous-marins reliant l'Allemagne au reste du monde, engageant ainsi un « blocus de l'information »3. En outre, l'éloignement de l'allié russe rend les communications difficiles avec celui-ci. Les armées comprennent rapidement l'intérêt de la Télégraphie sans fil dans le conflit. En quelques jours, la TSF dirigée en France par le Colonel Ferrié, passe sous le contrôle de l'armée. Celui-ci organise dès lors une production industrialisée du matériel radiophonique, permettant ainsi d'équiper rapidement l'ensemble de l'armée en émetteurs-récepteurs. Des méthodes de chiffrement sont développées pour rendre incompréhensibles les messages à l'ennemi. Un nouveau métier se développe alors dans l'infanterie : le radiotélégraphiste, poste occupé principalement par des radioamateurs qui ont su montrer leur talent peu avant la guerre.

À l'écoute d'un poste à galène dans une tranchée
Figure 2 : À l'écoute d'un poste à galène dans une tranchée

La Première Guerre mondiale est une guerre moderne qui utilise de nouveaux procédés de combat. Les chars d'assaut sont utilisés pour la première fois de l'histoire militaire, et le seul moyen qu'ils ont pour recevoir les instructions est la TSF, qui guide leur mouvement. Elle permet également de transmettre les informations lorsque les chars sont utilisés comme engins de reconnaissance4. L'aviation, qui a connu d'importantes améliorations peu avant le conflit, est employée pour la première fois en tant qu'arme de guerre. Des émetteurs sont installés à bord des avions d'observation, afin de communiquer rapidement les mouvements des tranchées ennemies et de guider les tirs d'artillerie5. Une fois que le problème de bruit dû au moteur des avions est réglé, des récepteurs sont également installés à bord. Ils permettent aux bases de guider le mouvement des avions en donnant par radio des ordres aux pilotes. En 1917, un poste d'aviation a une portée allant de 30 à 150 km selon le terrain et fonctionne par énergie éolienne. Il est constituée de trois blocs : l'émetteur, le récepteur, et le manipulateur6.

Avion muni d'un poste TSF. On peut voir à l'avant la petite helice génératrice d'électricité
Figure 3 : Avion muni d'un poste TSF. On peut voir à l'avant la petite helice génératrice d'électricité

D'un point de vue de la marine, la TSF a été mise en place avant la guerre, et elle ne subit pas de profonde modification durant celle-ci. On peut noter sa présence dans les sous-marins allemands, qui a permis à l'armée, en mai 1915, de connaître la route du navire commercial américain Lusitania, et d'organiser ainsi son torpillage. Heureusement, une partie de l'équipage a pu être sauvée, encore grâce à un poste TSF, qui se trouvait dans le vaisseau7.

La guerre de 1914-18 est pour la première fois un conflit mondial. Pour communiquer avec les alliés situés à l'autre bout de l'Europe, voire sur un autre continent, la TSF est le seul outil disponible. Les services postaux, télégraphiques et téléphoniques sont inutilisables en temps de guerre. Ainsi, en France, de grandes stations, comme celle de la tour Eiffel ou de Lyon-la-Doua, permettent une communication rapide avec les alliés russes et les postes diplomatiques des pays neutres. En outre, les colonies participent à l'effort de guerre, en fournissant des soldats de réserves et des matières premières aux belligérants. La TSF permet de gagner beaucoup de temps dans l'acheminement des ordres vers les colonies8.

Améliorations techniques durant le conflit

Parmi les premiers récepteurs de TSF, celui ayant connu le plus grand succès reste le poste à galène. Simple à réaliser, économique, et ne nécessitant pas de source d'électricité, il a permis à de nombreux amateurs de commencer dans le domaine, et a été d'une grande utilité durant les deux conflits mondiaux. Il est constitué d'un petit morceau de cristal de galène (un minerai de plomb), couplé d'un ressort et d'un bras mobile, permettant de régler l'appareil. L'antenne-terre est attaché à un circuit oscillant (bobine + condensateur) permettant d'accorder le récepteur sur la bonne longueur d'onde. Il fonctionne par modulation d'amplitude, technique inventé le canadien Fessenden. Ce type de poste est toutefois très sensible, a une mauvaise sélectivité (plusieurs stations sont souvent captées en même temps) et possède une très faible audition qui nécessite d'écouter dans une pièce silencieuse9.

Poste à galène muni d'un amplificateur TM
Figure 4 : Poste à galène muni d'un amplificateur "TM"

De son côté, le colonel Ferrié s'intéresse de près à la radio en tant qu'arme de guerre. Après avoir reçu d'Amérique plusieurs exemplaires du fameux « audion », de Lee de Forest, permettant d'amplifier des signaux, il charge Henri Abraham, physicien à la Sorbonne, d'étudier ce composant pour les besoins de l'armée française10. Le colonel demande en octobre 1914, peu après le début des hostilités, la fabrication d'un audion français, robuste, facilement industrialisable, et qui puisse être utilisé aussi bien dans l'émission que dans la réception. Le modèle final sort à Lyon en février 1915, sous le nom de « lampe TM » (Télégraphie Militaire). Il s'agit alors du matériel de TSF le plus puissant au monde11. Malgré quelques défauts, notamment en matière de prix et de consommation d'énergie, les postes à lampes possèdent une audition beaucoup plus puissante et une bien meilleure sélectivité, grâce à l'emploi de condensateurs variables et d'un bouton de sensibilité12. La fabrication de ces lampes est dès lors industrialisée : plus de 100 000 lampes sont livrées en 1916, pour atteindre une production de 1 000 lampes par jour à la fin de la guerre13.

Un défaut majeur dans les montages à lampes TM se situe lors de l'amplification de hautes fréquences, que les triodes ont du mal à gérer. Pour combler cette lacune, l'ingénieur français Lucien Lévy a l'idée de transformer la haute fréquence en une moyenne fréquence plus facile à amplifier. Il met ainsi au point en 1917 le montage superhétérodyne, encore utilisé de nos jours14.

Comme nous avons pu le voir, la Première Guerre mondiale a ouvert de nouvelles opportunités techniques et industrielles à la TSF. Son utilisation importante dans l'infanterie, l'aviation, la marine, les chars, les colonies, permet à toutes les grandes puissances d'entrevoir son immense potentialité à la fin du conflit. Ainsi, le président américain Wilson se sert de la TSF pour annoncer au peuple ses dix-huit points de paix. La Révolution russe est également proclamée par radio. De même pour la révolution des catholiques irlandais en 191615. L'amélioration de la qualité des transmissions et l'industrialisation annonce donc une importante transformation : on passe de la radiophonie, ou communication poste à poste, à la radiodiffusion, ou utilisation de la radio en tant que média. Ce dernier terme se répandra peu à peu dans le public, et sera bientôt abrégé en Radio. Ainsi, le premier conflit mondial peut être considéré comme étant la première étape de la transformation de la TSF en Radio.


  1. Radiophonie : communication point à point, entre plusieurs opérateurs (voir le chapitre précedent).
  2. Bernard Pouzols, Quand la radio s'appelait TSF, Baschet, 1982, p. 28.
  3. Antoine Sabbagh, La Radio, Rendez-vous sur les ondes, Découvertes Gallimard, 1995, page 24.
  4. Bernard Pouzols, op. cit., p. 31.
  5. Ibid, p. 28-29.
  6. Ibid, p. 31.
  7. Antoine Sabbagh, op. cit., p. 25 et Pierre Dessapt, Raconte-moi la radio, http://dspt.perso.sfr.fr/Lusitania.htm, page consultée le 24/02/2012
  8. Bernard Pouzols, op. cit., p. 31.
  9. Ibid, p. 74.
  10. Pierre Dessapt, op. cit., http://dspt.perso.sfr.fr/Triode.htm, page consultée le 24/02/2012.
  11. Bernard Pouzols, op. cit., p. 32.
  12. Ibid, p. 77.
  13. Pierre Dessapt, op. cit.
  14. Ibid, http://dspt.perso.sfr.fr/antique.htm, paragraphe « La Radio est née », page consultée le 24/02/2012.
  15. Pour ces trois points : Antoine Sabbagh, op. cit., p. 25.